mardi 15 mai 2012

Les disparus, Daniel Mendelsohn


Ce livre m'a occupé pendant bien 3 semaines, même si ma lecture a été entrecoupée par d'autres romans. Ce n'est pas livre d' un abord facile pour deux raisons principales :

Les disparus- le thème abordé, en effet certaines scènes sont justes insoutenables, les atrocités décrites sont inqualifiables, les témoignages sont bouleversants.

- le style littéraire, ce roman fait plus de 900 pages, et l'auteur n'a pas un style fluide. Il a incontestablement une belle écriture pour autant il fait de nombreuses disgressions, de retour en arrière, les phrases sont très longues ce qui demande une lecture attentive... Il fait de nombreux aparté sur l'explication de l'ancien testament...


Pour autant, cela vaut vraiment la peine de se plonger dans ce roman.

Daniel MENDELSOHN, l'auteur, nous raconte l'histoire de sa famille.  L'oeuvre qu'il a entreprise est simplement magistrale, il tente de reconstituer ce qu'il a pu arriver à son oncle Shmiel, sa femme Ester et leur quatre filles. Dans sa quête, il va aller à la rencontre des survivants de Bolechow à travers le monde, de l'Australie, en passant par Israël, le Danemark...
De ces rencontres, des histoires de son grand père adoré, il va tirer ce roman qui ne me semble pas avoir d'égal. Pourquoi entreprend t il cette quête ? En souvenir de son grand père, parce qu'il faisait pleurer les gens de sa famille quand il rentrait dans un pièce : "Oh, comme il ressemble à Shmiel!", pour remplir son arbre généalogique lui qui s'est désigné historien de sa famille... Certainement pour un peu toutes ses raisons, mais c'est bien autres choses qu'il va trouver...


Nous savons tous plus ou moins ce qui s'est passé durant la seconde guerre mondiale, nous avons tous lu, vu, appris les atrocités commises pendant l’holocauste. Mais, l'auteur veut savoir plus que ils ont tous disparus, il veut savoir comment, par qui, où ils sont morts. Cet américain de la seconde génération veut connaitre avec détail le sort de son grand oncle et de sa famille, puisque son grand père pourtant si prompt à évoquer son histoire, son passé, se refuse à parler de ce frère victime de la Shoah. A sa mort il décide de partir en quête d'un passé. 


Il trouvera des informations sur sa famille, mais c'est surtout l'histoire de ses survivants qu'il va découvrir, en effet puisque ce sont des survivants, ils n'ont pas pu être les témoins directs de ce qui est arrivé à ses ascendants mais ils peuvent raconter ce qu'il leur est arrivé, comment ils ont réussi à survivre pendant la guerre mais aussi après. Parce que cela semble si évident que l'on ne peut pas ressortir indemne quant on a du se cacher pendant des mois, qu'on a vu toute sa famille tuer avec barbarie, quand on a vécu dans la peur si longtemps, pourtant dans mon imaginaire je m'étais toujours dit ils doivent être si heureux de s'en être sorti, c'est sûr mais à quel prix ? 


Ces témoignages sont si bouleversants, l'auteur a su si parfaitement les retranscrire, que j'ai en encore la chaire de poule en écrivant ses lignes.


De détails, en surprise, de rencontre improbable en coïncidence, de hasard en déconvenue, Daniel MENDELSOHN porte un regard différent, plus intimiste sur l'un des drame le plus affreux du XXe siècle. On ne ressort pas indemne de cette lecture. 


"Il y a bien longtemps, j'ai commencé ma quête dans l'espoir d'apprendre comment ils étaient morts, parce que je voulais inscrire une date sur un arbre généalogique, parce que je pensais que mon grand-père, qui lorsque j'étais enfant avait l'habitude de m'emmener dans les cimetières où il se mettait à parler aux morts, mon grand-père dont je connaissais les défauts mais que j'adorais quand même, qui avait fait des dépressions nerveuses, qui s'était suicidé, pourrait connaître le repos - une idée sentimentale, j'en conviens - si j'étais capable de répondre enfin à la question après laquelle, lorsque je lui posais, il se contenterait de répéter, avec un haussement d'épaules et un hochement de tête qui disaient qu'il ne voulait pas en parler : Qu'est-il arrivé à oncle Shmiel ? Il se réfugiait alors dans un silence inhabituel et je m'étais promis de trouver, un jour, la réponse : ça s'étais passé là, ça s'étais passé à ce moment là; une fois que nous saurions, nous pourrions aller quelque part où poser une pierre sur une tombe et lui parler, à Shmiel, à lui aussi. Nous étions parti pour apprendre précisément où, quand, comment il était mort, ils étaient morts; et, pour l'essentiel, nous avons échoué. Mais dans l'échec nous avons compris, presque accidentellement, que jusqu'à que nous fassions ces voyages, personne n'avait jamais pensé à demander ce qui ne peut être inscrit sur un arbre généalogique : comment ils  avaient vécu, qui ils avaient été. Au moment, où nous somme revenus de Copenhague, j'étais conscient de l'ironie de l'affaire - à la fin, nous avions appris bien plus sur ce que nous ne cherchions pas que sur ce que nous étions partis chercher".




2 commentaires:

  1. Tu as tout écrit sur l'importance de ce livre, j'ajouterais juste que le style de l'auteur est magnifique aussi.

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    1. C'est effectivement un livre qu'on doit prendre le temps de lire. Quant au style de l'auteur, c'est vrai qu'il est à l'image de ce roman.

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