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vendredi 24 janvier 2014

Limonov, Emmanuel Carrère


Emmanuel Carrère, à travers ce roman, nous retrace la vie de Limonov qui :

Limonov Prix Renaudot 2011 [Broché] Emmanuel Carrère"(...)a été voyou en Ukraine; idole de l'underground soviétique; clochard puis valet de chambre d'un milliardaire à Manhattan; écrivain à la mode à Paris; soldat perdu dans les Balkans; et maintenant dans l'immense bordel de l'après communisme, vieux chef charismatique d'un parti de jeune desperados. Lui même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud (...)"
Emmanuel Carrère se lance dans cette biographie et nous entraîne à la suite de Limonov dans la vie de ce personnages troublant et peut être emblématique des contradictions et des événements qui se sont succédés durant la deuxième partie du XXe siècle.


Je dois l'admettre, je n'avais aucune idée de qui était Limonov avant d'ouvrir ce livre, j'ai d'ailleurs pris soin de ne rien lire sur lire pour avoir un regard neuf sur son histoire. C'est un personnage troublant et dérangeant comme semble les aimer Emmanuel Carrère. Il est juste impossible d'apprécier ou de s'attacher à ce personnage. J'ai eu du mal à surmonter une petite déception première car je pensais lire l'histoire d'un homme de l'empire russe déchu par la Révolution de 1917, je ne sais pas trop pourquoi mais parfois lire les 3e de couverture cela peut servir... Bref, le Limonov est un enfant né issu de la classe ouvrière et qui en fréquentant l'underground soviétique réussi bon en manant à se sortir de sa condition et  échapper au travail à l'usine qui lui tend les bras...

Ce n'est pas le premier roman d'Emmanuel Carrère que je lis, j'apprécie cet auteur, pourtant cette lecture m'a moins convaincu, en effet je trouve que l'auteur se met trop en avant dans ce roman et cela alourdi bien trop le récit, même si ces explications géo-politique sont nécessaires et éclairantes.

J'en ai appris bien plus sur l'histoire contemporaine de la Russie qu'avec aucun autre cours d'histoire, mais l'intervention incessante de l'auteur m'a un peu gêné, pourtant cela n'avait pas été le cas avec ces autres romans. Cela vient peut être du fait que ce personnage m'a laissé de marbre. 

Il faut reconnaître que c'est toujours aussi magnifiquement bien écrit, le style est parfait, sans que cela soit une lecture facile. Emmanuel Carrère aborde le plus souvent des thèmes difficiles comme avec l'Adversaire ou la Classe de neige, sans stéréotype, ni jugement de valeur, et cela n'est pas si courant pour être souligné. 

Je ne rejoindrai donc pas les éloges de la critique pour ce roman d'Emmanuel Carrère, pour autant je conseille vivement la lecture D'autres vies que la mienne, qui reste pour moi une lecture plus que nécessaire.






mercredi 20 mars 2013

La Moustache, Emmanuel Carrère

Un homme décide, par défi et pour surprendre sa femme et ses amis, de se raser la moustache alors qu'il en porte une depuis plusieurs années. Mais, contrairement à ce qu'il avait imaginé, personne ne le remarque. Pire, les gens soutiennent qu'il n'en jamais porté... Dès lors, la question de la folie se pose, est ce moi qui déraille ? Ou est une mauvaise plaisanterie ? Ou encore un complot ?

Ce roman est assez déconcertant, Emmmanuel Carrère réussit tout de même le tour de force de nous écrire 180 pages sur les divagations d'un mec qui a décidé de raser sa moustache et les conséquences que ça peut avoir sur sa vie...

Jusqu'à la fin, l'auteur nous balade entre délire et réalité, on finit d'ailleurs le livre sans vraiment savoir qu'en penser, qui est fou, qui a raison, ou est la réalité? Nous n'avons jamais cette réponse. 

Ce livre est peut être trop bizarre pour mon goût et certains passages sont un peu ennuyeux bien que le dernier tiers du roman soit plus prenant avec une tension à son paroxysme.

Je ne suis pas enthousiasmée par cette lecture pour autant il faut lui reconnaître son originalité, et la fin fait froid dans le dos. En résumé, je suis assez perplexe et je vous encourage plutôt à lire la classe de neige, l'adversaire et si je ne devez en retenir qu'un : d'autres vies que la mienne

mardi 17 juillet 2012

La classe de neige, Emmanuel Carrère

Nicolas part en classe de neige pour la première fois, mais dès le départ le séjour s'annonce mal pour lui : son père a refusé qu'il prenne le car avec les autres élèves de sa classe, il a oublié son sac dans la voiture, et de ce fait, il est l'objet des moqueries des ses camarades...

On sent dès le départ que les choses vont mal tournées, qu'un drame se prépare sans s'attendre réellement à ce qui va se passer.

Emmanuel Carrère arrive à nous faire ressentir l'horreur, l’indicible, la tragédie par petite touche, par les non dits, et sans jamais l'énoncer clairement. A la fin du livre d'ailleurs, on se surprend à se demander si on a bien compris , si ce n'est pas notre imagination qui nous fait envisager le pire.


Ce jeune garçon a pourtant tout pour énerver le lecteur, il est trouillard, son imagination est plus que débordante, il envisage le pire et invente des scénarios invraisemblables et des plus tragiques. Pour autant, au fur et à mesure de l'avancement du livre, cet agacement laisse place à une profonde empathie pour Nicolas quand on comprend ce qui est en train de se passer.


Au final,  un livre touchant, tout en psychologie et en finesse, et parfaitement bien écrit, ainsi, l'histoire se déroule pour nous amener au plus près de la tragédie sans jamais la prononcer. C'est le troisième livre que je lis d'Emmanuel Carrère, et c'est le premier qui est un vrai fiction, et c'est encore une parfaite réussite. Je vous invite donc à lire ce court roman qui vous fera frissonner de froid même sous le soleil des vacances...



Ce billet fait partie du challenge Le défi Cent Pages organisé par La Part Manquante :


compo_100_pages

vendredi 6 juillet 2012

L'adversaire, Emmanuel Carrère

L'AdversaireDeux faits divers m'ont beaucoup marqué : l'affaire Grégory, je ne sais pas pourquoi mais c'est le premier fait divers dont je me souviens pourtant je n'avais pas 4 ans mais dans ma famille on m'a toujours dit que j'en ai beaucoup parlé et c'est une histoire pour laquelle j'ai encore de l'intérêt, peut être parce qu'on aurait le même âge... Le deuxième est l'affaire Romand au delà de cette histoire proprement hallucinante, cela s'est passé dans le village à côté du mien et j'avais 14 ans au moment des faits, enfin je suis passé devant cette maison pratiquement tout les jours  pendant plusieurs années pour me rendre au lycée...

Je connais donc bien l'histoire de cet homme qui a massacré toute sa famille (sa femme, ses enfants, ses parents) et a tenté de se suicider lorsque ses terribles mensonges allaient être découvert par les siens. En effet, Jean Claude Romand a vécu pendant 18 ans dans le mensonge, il a prétendu avoir réussi sa deuxième année de médecine, puis son internat et enfin travailler pour l'OMS. Alors qu'en réalité il passait ces journée dans les bars, sur les airs d'autoroutes, dans les bibliothèque... Cet homme respecté de tous, décrit comme effacé, gentil, intelligent, parfaitement intégré dans son milieu social a réussi à leurrer tous les gens qui l'ont côtoyé et à leur prendre toute leur économie...


Comment cet homme a t il pu mentir si longtemps à toutes ces personnes? Comment a t il pu faire illusion ? 


Emmanuel Carrère essaie dans ce roman d'aller au delà du fait divers et de comprendre cet homme, sa psychologie, ce qui l'a conduit à commettre de telle atrocité, en entrant en contact avec lui par un échange de lettre, en interrogeant ses amis, en allant sur les lieux du drame et dans tout les endroits où Romand passait ses journées. Il retrace son enfance, son adolescence solitaire et angoissée dans le jura, sa jeunesse à lyon, sa rencontre avec sa femme, sa vie dans le pays de Gex jusqu'au drame et même après alors qu'il assiste au procès.


Je n'ai pas appris grand chose sur cette affaire que je connaissais déjà très bien mais j'ai aimé le regard de l'auteur, son analyse de la psychologie de cet homme narcisique qui même en prison ne pense qu'à sa propre rédemption et dont l'évocation des ses proches ne serrent qu'à servir ses propres desseins. Emmanuel Carrère par son écriture son style m'a fait dévorer cette histoire si peu banale. Il rend son humanité à ce monstre et cela nous conduit à nous interroger sur l'autre, nos propres mensonges, à nous méfier de ceux qui nous sont le plus proches... C'est vraiment une réussite que ce roman.

"La vérité vous rendra libres", a dit le Christ. Et lui: "Je n'ai jamais été aussi libre, jamais la vie n'a été aussi belle. Je suis un assassin, j'ai l'image la plus basse qui puisse exister dans la société, mais c'est plus facile à supporter que les vingt ans de mensonge d'avant."


"J'ai pensé qu'écrire cette histoire ne pouvait être qu'un crime ou une prière"

vendredi 25 mai 2012

D'autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère

D'autres vies que la mienneJ'avais entendu parler de cet auteur à la rentrée littéraire pour le Limonov, mais comme j'ai pour principe de n'acheter que des livres de poche et d’occasion, et qu'il m'avait quand même fait de l'oeil, j'ai choisi un autre de ces romans pour le découvrir... (je pourrais très bien l'emprunter à la bibliothèque, mais j'aime posséder les livres que je lis...).

Enfin, tout ça pour dire, que j'ai choisi d'autres vies que la mienne pour aborder cet auteur, et autant le dire tout de suite, j'ai été profondément marqué par cette lecture. Dans ce roman (s'agit il vraiment d'un roman ?), l'auteur nous raconte deux évènements tragiques dont il a été le témoin. 

La première partie se passe au Sri Lanka, alors qu'Emmanuel Carrère est en vacances avec sa compagne et leur enfant respectif, le tsunami de 2001 va dévaster la zone côtière. Il nous relate ici plus particulièrement l'histoire de Delphine et Jérôme qui vont perdre leur fille Juliette emportée par la vague du Tsunami. 

La seconde partie est relative à sa belle soeur Juliette qui se meurt, à 33 ans, d'un cancer en laissant 3 petites filles et son mari et à son amitié avec son confrère Etienne, également juge à Vienne et éclopé de la vie comme elle suite à un cancer, qui vont, avec brio, défiés les plus haute instance judiciaire française pour redonner un peu de dignité à ces gens surendettés et d'humanité à la justice.


Ce roman raconte donc comment des parents peuvent survivre à la mort de leur enfant, et inversement la façon dont des jeunes enfants et un mari peuvent continuer leur vie sans leur mère à travers les témoignages de ceux qui restent.


L'auteur décrit également les incidences de ces deux évènements sur sa vie.


J'ai été émue par ces deux histoires, il ne s'agit là que de gens ordinaires qui confrontés à la mort d'un être cher font preuve d'une force de vivre, d'une capacité à affronter ce drame que je trouve juste extraordinaire.


C'est un roman magnifique, plein de pudeur qui a aucun moment ne vire au tragique. Les choses sont dites, les mots sont crus et la mort est regardée en face avec ce qu'elle a de plus terrible pour ceux qui doivent l'affronter et pour ceux qui restent. Rien n'est caché pour autant il n'y a aucun sensationnalisme ni voyeurisme. L'auteur aborde ainsi ce thème difficile avec une justesse de ton et sans verser à aucun moment  dans les bons sentiments. 


"Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d’extrême pauvreté, de justice et surtout d'amour".


Comme je l'écrivais en préambule, j'ai été profondément marquée par ce livre, c'est juste un livre nécessaire comme on en rencontre peu.